Lors de notre dernier article sur la chute annoncée d’Express Union, nous disions que le gâteau africain intéresse de plus en plus de monde. Aujourd’hui c’est au tour du secteur de la grande distribution de se faire des soucis. La raison de ces soucis est cette annonce du groupe Carrefour qui entend ouvrir d’ici 2 ans un centre commercial d’une valeur de 30 milliards de fcfa dans la ville de Yaoundé. Et ce n’est que le début à notre humble avis, nous sommes presque convaincus qu’ils vont par la suite s’étendre à Douala, Kribi, etc. Pour comprendre pourquoi le secteur de la grande distribution au Cameroun a des soucis à se faire présentons qui est Carrefour. Nous n’allons pas revenir sur l’histoire du groupe mais ce qui nous intéresse c’est d’analyser cet acteur du point de vue économique afin de permettre aux acteurs locaux de s’adapter à  cette nouvelle concurrence; au risque de se faire doubler une fois de plus.

Selon les informations sur Wikipédia, Carrefour est un groupe français du secteur de la grande distribution. Devenu en 1999 le numéro un européen de la grande distribution en fusionnant avec le groupe français Promodès, il se hisse en 2013 au 3e rang mondial de ce secteur en termes de chiffre d’affaires derrière l’américain Wal-Mart. En 2016, il recule à la 6e place mondiale, selon Deloitte, notamment du fait d’un effet de taux de change défavorable. Créé en 1959 à Annecy, il est présent en Europe, en Amérique du Sud et en Asie, ainsi que dans d’autres zones du monde sous forme de partenariat local. Pionnier du concept d’hypermarché en 1963, il est également présent dans d’autres formats de la grande distribution : les supermarchés, les magasins de proximité et le cash & carry. Hormis l’enseigne Carrefour, le groupe Carrefour exploite les enseignes Atacadão, Carrefour Bio, Carrefour City, Carrefour Contact, Carrefour Express, Carrefour Maxi, Carrefour Market, Carrefour Montagne, Docks, Globi, Gross Iper, Promocash, Proxi, Rast, Supeco et 8 à Huit. Regardons de plus près les chiffres de Carrefour:
– Capitalisation: 23,18 milliards € (2015)
– Fonds propres: 8,598 milliards € (2013)
– Dette: 4,1 milliards € (2013)
– Chiffre d’affaires: 85,7 milliards € (2016)
– Résultat: 980 millions € (2015)
– Effectifs: 381 227 (2015)
Si vous en doutiez encore, ces chiffres illustrent bien qu’assurément, nous avons à faire à un géant sans aucune mesure avec ce à quoi nous sommes habitué au Cameroun avec les indiens, libanais ou bien même les acteurs camerounais.
On retient ainsi que le premier avantage de carrefour est son poids financier, même si nous sommes d’avis que le poids financier ne fait pas tout (la Pasta de Célestin Tawamba au Cameroun a bien en son temps réussi à avaler panzani qui était le leader incontesté des pâtes alimentaires pendant plusieurs années). Mais il faut le reconnaître,  Carrefour a de quoi financer toutes ses ambitions au Cameroun et lancer des politiques commerciales ultra-agressive (bas prix) auxquelles peu d’acteur locaux pourront résister. Et c’est ce qui va se passer.
Le second avantage que possède carrefour est sa stature internationale: Carrefour est présent partout dans le monde. Grâce à sa présence dans les économies dites développées surtout dans les pays émergents dont la structure économique est proche de celle des pays africains, Carrefour a développer une expertise qui lui permet de comprendre et d’attaquer facilement les marchés africains.
Le troisième point et celui qui risque de faire le plus mal  à la grande distribution locale est le fait que Carrefour est au plus prêt des fournisseurs (donc une bonne part sont occidentaux comme lui) des produits qu’ils commercialisent. Ils disposent par ailleurs d’un pouvoir de négociation plus important du fait de sa taille et des quantités qu’il peut commander. Ils se trouvent que malheureusement pour nos acteurs locaux de la grande distribution, ceux-ci commercialisent essentiellement des produits venus d’ailleurs (Europe, Asie pour la plupart). D’après vous à qui ces fabricants européens/occidentaux auront tendance à faire des prix attractifs ? D’après vous avec qui ces fabricants européens auront tendance à vouloir signer des contrats d’exclusivité pour la distribution de leurs produits sur le sol Camerounais ? A une entreprise européenne comme elle qui fait fructifier leur économie ou au petit acteur Camerounais ?

Nous avons coutume de dire à Fatre Consulting que, la création de richesse est foncièrement une affaire de patriotisme, les gens nous prennent pour des fous. Chaque entreprise se bat pour la gloire de son pays, sa région ou son continent d’origine. Quand nous entendons souvent des camerounais se plaindre que leur pays n’avancent pas sur le plan économique et que nous constatons que leur habitude de consommation est massivement tournée vers des produits importés (donc ils sont entrain de faire croître les économies des autres), nous avons presque envie de rire. Lorsque que vous prenez le petit déjeuner d’un Camerounais moyen, il est constitué à 90% de produits importés (pain, lait, beurre, mayonnaise, etc) et derrière vous allez entendre les mêmes gens se plaindre du chômage ambiant alors qu’ils passent leur temps à donner du travail et enrichir les autres peuples (en consommant massivement leurs produits) au détriment des produits de leur environnement. Il faut bien comprendre une chose: nous ne produisons pas suffisamment de richesse pour absorbez le chômage ambiant. Retenons aussi que: Si vous voulez du travail pour vos enfants, à défaut de créer de la richesse via le création d’entreprise, encouragez au moins ceux qui osent en consommant en priorité les produits locaux. C’est parce que nous allons valoriser de plus en plus la production locale, la consommer que cela donnera davantage de travail dans les champs pour nos agriculteurs, davantage de travail pour nos usines. Apprenez à vos enfants à manger le koki avec le macabo au petit déjeuner au lieu de leur faire manger le fromage ou du camembert (à moins que cela ait été produit localement). Même si nos industries (pour le peu qui existe) n’ont pas encore le niveau de qualité que nous voulons, continuons quand même à les encourager tout en les apportant des critiques d’amélioration. Si les chinois avaient cesser d’encourager leurs entreprises via la consommation locale malgré la qualité basse des débuts, alors la chine ne serait pas devenue la première puissance économique mondiale.  Il n’y a pas d’autre miracle que celui là pour une prospérité économique de nos pays.

Nous à Fatre Consulting, croyons que cette entrée de Carrefour sur le marché de la grande distribution, est une bonne leçon pour les acteurs locaux de la grande distribution qui ont contribué à tuer le tissu industriel local en favorisant massivement dans leurs rayons les produits importés. Ils ont éduqués les camerounais à s’habituer aux produits venus d’ailleurs. Résultat des courses, un acteur venu justement de cet ailleurs et qui a des avantages naturels sur eux n’aura pas à investir un seul centimes pour conquérir nos consommateurs qui se tournerons naturellement vers lui pour avoir ces produits et à bas prix. Aller un peu en France essayer de faire consommer au jeune Français du Koki à la place de son camembert de Provence. Vous allez vous même remarquer que ce sera le consommateur et non l’industriel local votre principal adversaire. Il vous faudra investir des sommes folles en marketing pour faire accepter ce produit. Mais chez nous c’est le contraire.

D’ailleurs à Fatre consulting, nous n’avons jamais compris pourquoi les acteurs de la grande distribution camerounais après des années à importer des produits  à coût de milliard n’ont jamais pensé à  être katika (maître) de leur business; soit en se lançant dans la production des produits qu’ils commercialisent, soit en incitant le développement d’acteur industriels locaux d’envergure qui produiraient localement et leur fourniraient les produits à vendre. Si vous êtes dans un business pour lequel vous n’êtes pas katika à au moins 60 % alors tout concurrent peut veut terrasser facilement. Et dans la configuration actuelle, nos acteurs locaux de la grande distribution ne sont même pas katika de leur business à 20%. Le nouveau katika de la grande distribution sera assurément Carrefour qui saura compter sur sa proximité naturelle  avec les fournisseurs européens (qui sont aussi les fournisseurs de la plupart des acteurs locaux de la grande distribution) pour contrôler le marché, d’autant plus qu’il n’y a pas de tissu industriel local fort pour faire le contre-coup.  Pour se donner une bonne image, Carrefour prétend vouloir promouvoir les produits locaux dans ses rayons. La question est: qu’entendent-ils par produits locaux ? Il s’agit très probablement de fruits et légumes frais. Pour ce qui est des produits transformés, manufacturés (là où se trouve la vraie richesse, la vraie plus-value) qu’on ne se mente pas Carrefour favorisera systématiquement les produits européens, américains voire asiatiques au détriment de ceux africains.
Le dernier point qui est la cerise sur le gâteau est la diversité de son business modèle (Hypermarché, Supermarché, Hard-discount, Proximité, Cash & carry) mais surtout la diversité des services à valeur ajouté (dans lesquels excelle le groupe Carrefour). Chez carrefour vous pouvez acheter en ligne et vous faire livrer à la maison ou dans point de récupération, les clients fidèles reçoivent des coupons et bons de réductions, vous avez accès à des cartes de fidélités qui vous octroient des réductions sur tous vos achats, etc. Carrefour connait chacun de ses clients aux bouts des doigts: les jours où vous venez souvent au supermarché, le temps moyen que vous faites dans les rayons, ce que vous avez l’habitude d’acheter et dans quel quantité, etc. Et tout ceci est possible grâce à la qualité de son système d’information qui par ailleurs s’appuie fortement sur l’informatique. A titre de rappel, le secteur de la grande distribution est l’un des plus demandeur de compétence en informatique en Occident. Quand nous pensons que nos acteurs locaux ont du mal à offrir ces services de base et de connaitre leur client dans ce niveau de détails, nous avons bien peur qu’ils ne résistent pas à la déferlante Carrefour. Ils leur manquent pour la plupart un système d’information adéquat que nous à Fatre Consulting (grâce à notre expertise et nos partenariats) pouvons aider à concevoir s’ils ne disposent pas de l’expertise nécessaire.

Si cette analyse vous a plu et que vous estimez qu’il pourrait bénéficier à d’autres personnes dans leur travail au quotidien, veuillez le partager au maximum car l’amélioration des performances de nos entreprises est vitale pour nous tous et pour la survie de nos économies africaines. Par ailleurs, si nos analyses et conseils vous paraissent pertinent et que vous avez besoin d’analyses et conseils personnalisés, n’hésitez pas à nous contacter ici. Nous serons ravis de vous écouter et de vous assister dans la démarche d’optimisation des processus de votre entreprise.

http://fr.allafrica.com/stories/201704100806.html
http://www.investiraucameroun.com/distribution/1204-8778-dans-24-mois-l-enseigne-francaise-carrefour-ouvrira-au-cameroun-un-centre-commercial-de-30-milliards-de-fcfa